La communication facilitée

La méthode (voir le site de la Confédération tmpp)

Déclic n°70, octobre 2000

La communication facilitée (CF) est utilisée avec des personnes en grande difficulté de communication. Initiée par la pédagogue australienne Rosemary Crossley dans les années 80, la CF consiste à aider ces personnes à s’exprimer de manière volontaire. En désignant de l’index des objets, des images, voire des mots écrits pour faire des choix, elles prennent une certaine maîtrise sur leur vie. Cet outil de communication permet également d’acquérir des connaissances.

La désignation d’objets, d’images et de mots écrits dans la vie quotidienne

Pour les personnes totalement mutiques qui ne peuvent exprimer leurs besoins essentiels, il est indispensable de proposer des choix dans la vie courante. C’est l’application la plus simple de la CF, relativement difficile à mettre en place chez les personnes ayant un faible tonus musculaire ou coordonnant avec difficulté le regard avec le mouvement de la main. Sur un plan incliné de préférence, le facilitant propose des images, des tableaux de communication, une ardoise sur laquelle il écrit deux ou plusieurs mots.

(2:11) Au début, il retient la main du sujet avant de la laisser filer jusqu’à ce qu’il regarde le clavier. Il l’aide à isoler l’index en repliant en arrière les autres doigts, puis réduit progressivement le soutien.
Des exercices sont souvent nécessaires pour fortifier l’index et préciser le mouvement.
L’objectif est qu’un jour le patient puisse pointer seul du doigt.
Sésame décembre 1993 n°109
Le facilitateur (ici l’auteur de l’article) doit recevoir une formation particulière: sinon il risque d’influencer de toute bonne foi le mouvement qu’il ne doit qu’accompagner

C’est une communication concrète, fonctionnelle, consciente, qui va lui permettre de répondre par oui ou non, de choisir ses vêtements le matin, ses aliments, ses jeux, lectures, cassettes vidéos, ses programmes de télévision, toutes ses activités, les lieux où il veut se rendre, les personnes qu’il veut rencontrer, etc. C’est un premier acte de liberté qu’il pose. Le sujet pourra dire où il a mal, s’il a chaud, froid, s’il est triste ou fatigué.

En Australie


La CF au Queensland (6:29)
Ce travail est remarquablement fait en Australie. La Commnication facilitée est intégrée à toutes les activités : dans la salle de classe, à la récréation, au réfectoire, dans la rue…


Lire « je choisis ta main pour parler » extrait du chapitre 12 : « La vie de choix et de bonheur » . Vous y trouverez quelques conseils pour débuter la CF.

C’est aux parents, aux éducateurs et à tous les professionnels qui côtoient la personne handicapée dans la journée qu’il revient de proposer ce type de communication. Au niveau de la désignation d’objets, d’images et de mots écrits, la CF devrait être utilisée dans toutes les institutions.

Quelques exemples de tableaux tirés de mon livret « Communication facilitée »:

Est-ce que tu veux écouter de la musique?
(Ne pas demander: veux tu écouter de la musique ou faire un dessin?)


Tu veux un gâteau ou à boire?

Comment te sens-tu?

Où as-tu mal?

Le téléphone sonne, je vois un arc en ciel, je caresse le chien, etc.
Montre le rouge…
De quelle couleur est ce feutre?

Montre le rond…

Dans quoi verse-t-on de l’eau?
Avec quoi joue-t-on au foot?…


Découper l’étiquette nage/vole et la placer devant la personne facilitée.
Le facilitant lit un nom d’animal, celle-ci montre un des deux mots.
Le facilitant lit une phrase, la personne facilitée montre « en une journée » ou « en une seconde »

Où achète-t-on du pain? des médicaments?…

La frappe sur un clavier

Questions de femmes – Juillet 2002 Anne-Marguerite fait parler les mains

Celles qui ont la capacité d’apprendre à lire peuvent aussi frapper des mots ou des phrases sur un clavier d’ordinateur ou un tableau de lettres en papier.

Un entraînement à la lecture doit être réalisé au préalable.

Que ce soit pour la désignation d’images, de mots écrits ou de lettres sur un clavier, un partenaire de communication, appelé facilitant, est assis à côté du patient privé de parole, le facilité. Il l’encourage à focaliser son attention sur le matériel proposé et à regarder attentivement le clavier. Il lui soutient la main en l’aidant plus ou moins à isoler l’index et retient sa main en arrière jusqu’à ce qu’il perçoive un mouvement contraire. Il accompagne alors le mouvement de son bras vers les touches.
Pour décoder les mots, le facilitant se fie à l’impulsion de son patient qui le dirige vers les lettres.


Formation d’un facilitant en Suisse (3:15)
Le DVD suisse complet « le langage de ma pensée » peut être acheté auprès de CF-Romandie
Pour pouvoir pratiquer la Communication facilitée, le futur facilitant doit être accompagné pendant une longue période par un facilitant aguerri avant de maîtriser la technique de facilitation.

Acquisition de la frappe autonome


Acquisition de la frappe autonome en Suisse (0:50)
Le DVD suisse complet « le langage de ma pensée » peut être acheté auprès de CF-Romandie
L’objectif de cet outil d’apprentissage est de faire acquérir au facilité le maximum d’autonomie en réduisant progressivement le support moteur offert par le facilitant, le déplaçant de la main au poignet, puis au coude et enfin en ne touchant plus que l’épaule. C’est un entraînement qui demande du temps et de la persévérance.

J’ai appris en Australie que le geste de facilitation permettait de réduire les troubles neuromoteurs de la personne facilitée et de lui donner confiance. Il permet aussi de freiner l’impulsivité. Mais sans doute se passe-t-il aussi autre chose par ce biais.

Forte de ce que j’avais appris en Australie, J’ai débuté en CF en me fiant uniquement au mouvement que je percevais dans la main de la personne facilité, ce qui explique les phrases simples et souvent agrammaticales, ce qui ne m’empêchait pas d’entrer dans une grande profondeur. Ce n’est que peu à peu que j’ai compris la nature de la CF, que j’ai alors appelée Psychophanie. Les textes produits par les nouveaux facilitants sont beaucoup plus évolués car ceux-ci ne se fient plus au mouvement, mais au message qu’ils perçoivent du facilitant.


Frappe sur la Canon Communicator

La CF est très peu pratiquée en France et, à ma connaissance, il n’existe plus de formation structurée pour l’enseigner. Pourtant, la CF permet à ceux qui en ont la capacité, non seulement d’être compris facilement dans la vie quotidienne, mais aussi d’être reconnus comme les auteurs de la communication lorsqu’ils frappent seuls sur le clavier.
Il faudrait pouvoir allier les deux…


Une jeune autiste commence à frapper de manière autonome (2:35)
L’acquisition de la frappe autonome exige beaucoup d’entraînement: on manque de facilitants qui puissent s’atteler à cet apprentissage long et répété. Priorité est donnée à la psychophanie qui reste malgré tout le moyen idéal pour que la personne facilitée exprime ses idées rapidement et que ses relations avec les autres se transforment.

Dès que l’on dépasse la désignation d’images et de mots écrits et que la personne facilitée ne regarde pas le clavier, on passe en psychophanie et il est indispensable de suivre la formation complète et de respecter des règles d’éthique rigoureuses.

La formation actuelle à l’école de CFTMPP’